La pire violence, n'est-ce pas de laisser 15% des enfants arriver en 6ème sans savoir lire ni écrire, et 25% de plus incapables de suivre la scolarité du collège ? (sources officielles)
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Eric Debarbieux, Directeur de l'Observatoire international de la violence scolaire, réagit à la condamnation de « l'enseignant gifleur». Il déplore une propension en France à un retour aux «châtiments corporels».
----- JPG : Je suis d'accord avec ses conclusions : le châtiment corporel ne peut, alors que nous sommes au XXIème siècle, être érigé en principe d'éducation. Le jugement me semble équilibré, avec une amende et pas de dommages et intérêts à régler, alors qu'il s'agissait de davantage qu'une simple gifle et que l'enfant a été sanctionné par de l'exclusion temporaire de son établissement. Cependant, les questions d'autorité ne sont pas soldées et restent à traiter. -----
500 euros d'amende pour le «professeur gifleur»
José Laboureur, qui a giflé un de ses élèves, a été condamné à 500 euros d'amende. Quelle est votre réaction suite à ce jugement ?
C'est une condamnation symbolique forte. Mais il ne faut pas y voir la condamnation de l'ensemble du corps enseignant. Il ne faut pas faire d'un cas particulier un cas général. Or le corps enseignant a généralisé ce cas, et s'est choisi un héros, en l'occurrence un mauvais héros. Le débat a été complètement faussé. Qu'un prof gifle dans sa carrière un élève, ce n'est pas bien, mais pas épouvantable non plus, du moment que l'on ne l'érige pas en méthode d'éducation. Ici, c'est différent. C'est un cas de violence aggravé. La justice l'a reconnu comme tel. Pourtant, les réactions épidermiques de soutien au professeur ont été nombreuses. Je suis consterné par certaines d'entre elles. L'école française est censée être une école de la raison. Or, un philosophe qui fut ministre de l'Education, Luc Ferry, nous explique qu'à la place du père, il «aurait doublé la mise et donné deux gifles». Je crois qu'il y a une certaine propension dans l'opinion à revenir aux «bonnes vieilles méthodes» de châtiment corporel érigées en principe d'éducation. J'ai peur que cette affaire ne fasse encore un peu plus reculer les choses.
Est-ce qu'il y a souvent d'autres affaires de professeurs excédés frappant des élèves ?
On a peu d'enquêtes statistiques sur la question, mais il ne faut pas oublier que la Commission européenne a épinglé la France, avec deux autres pays de l'Est, pour des cas violences commises par des enseignants. D'habitude, lorsque cela se produit, il y a non-lieu puisque en France la jurisprudence reconnaît encore ce «droit à la correction». Or, quand une gifle tombe régulièrement, par exemple, cela s'apparente à un châtiment corporel. C'est un problème idéologique, on est attaché à ce type d'éducation dans notre pays. Or, des pays comme la Finlande, par exemple, qui ont abandonné complètement ces méthodes, sont mieux classés au classement Pisa (Ndlr, un classement des acquis des élèves dans les différents pays de l'OCDE). Les recherches en matière de violence scolaire montrent aussi que les élèves qui reçoivent des châtiments corporels sont eux-mêmes plus violents entre eux.
Mais les enseignants sont confrontés aussi à des situations difficiles…
Il y a un effectivement un sentiment de perte de respectabilité chez les enseignants, avec une hausse des agressions à leur encontre. Il faut sortir de cette spirale de la violence. Mais les méthodes d'antan sont une réponse simpliste à un problème complexe. Il faut sortir d'une opposition enseignants/enseignés, d'une stigmatisation de l'élève ou de l'enseignant. Cette affaire est le signe de la fragilité des enseignants et de leur manque de préparation face à ce genre de situation. Ils n'ont aucune formation à la pédagogie, on ne leur apprend pas à gérer une classe, à savoir ce qu'est une punition juste.
Eric Debarbieux, Directeur de l'Observatoire international de la violence scolaire, réagit à la condamnation de « l'enseignant gifleur». Il déplore une propension en France à un retour aux «châtiments corporels».
----- JPG : Je suis d'accord avec ses conclusions : le châtiment corporel ne peut, alors que nous sommes au XXIème siècle, être érigé en principe d'éducation. Le jugement me semble équilibré, avec une amende et pas de dommages et intérêts à régler, alors qu'il s'agissait de davantage qu'une simple gifle et que l'enfant a été sanctionné par de l'exclusion temporaire de son établissement. Cependant, les questions d'autorité ne sont pas soldées et restent à traiter. -----
500 euros d'amende pour le «professeur gifleur»
José Laboureur, qui a giflé un de ses élèves, a été condamné à 500 euros d'amende. Quelle est votre réaction suite à ce jugement ?
C'est une condamnation symbolique forte. Mais il ne faut pas y voir la condamnation de l'ensemble du corps enseignant. Il ne faut pas faire d'un cas particulier un cas général. Or le corps enseignant a généralisé ce cas, et s'est choisi un héros, en l'occurrence un mauvais héros. Le débat a été complètement faussé. Qu'un prof gifle dans sa carrière un élève, ce n'est pas bien, mais pas épouvantable non plus, du moment que l'on ne l'érige pas en méthode d'éducation. Ici, c'est différent. C'est un cas de violence aggravé. La justice l'a reconnu comme tel. Pourtant, les réactions épidermiques de soutien au professeur ont été nombreuses. Je suis consterné par certaines d'entre elles. L'école française est censée être une école de la raison. Or, un philosophe qui fut ministre de l'Education, Luc Ferry, nous explique qu'à la place du père, il «aurait doublé la mise et donné deux gifles». Je crois qu'il y a une certaine propension dans l'opinion à revenir aux «bonnes vieilles méthodes» de châtiment corporel érigées en principe d'éducation. J'ai peur que cette affaire ne fasse encore un peu plus reculer les choses.
Est-ce qu'il y a souvent d'autres affaires de professeurs excédés frappant des élèves ?
On a peu d'enquêtes statistiques sur la question, mais il ne faut pas oublier que la Commission européenne a épinglé la France, avec deux autres pays de l'Est, pour des cas violences commises par des enseignants. D'habitude, lorsque cela se produit, il y a non-lieu puisque en France la jurisprudence reconnaît encore ce «droit à la correction». Or, quand une gifle tombe régulièrement, par exemple, cela s'apparente à un châtiment corporel. C'est un problème idéologique, on est attaché à ce type d'éducation dans notre pays. Or, des pays comme la Finlande, par exemple, qui ont abandonné complètement ces méthodes, sont mieux classés au classement Pisa (Ndlr, un classement des acquis des élèves dans les différents pays de l'OCDE). Les recherches en matière de violence scolaire montrent aussi que les élèves qui reçoivent des châtiments corporels sont eux-mêmes plus violents entre eux.
Mais les enseignants sont confrontés aussi à des situations difficiles…
Il y a un effectivement un sentiment de perte de respectabilité chez les enseignants, avec une hausse des agressions à leur encontre. Il faut sortir de cette spirale de la violence. Mais les méthodes d'antan sont une réponse simpliste à un problème complexe. Il faut sortir d'une opposition enseignants/enseignés, d'une stigmatisation de l'élève ou de l'enseignant. Cette affaire est le signe de la fragilité des enseignants et de leur manque de préparation face à ce genre de situation. Ils n'ont aucune formation à la pédagogie, on ne leur apprend pas à gérer une classe, à savoir ce qu'est une punition juste.
De l'autorité magistrale
- par JPG le 23/07/2008 - 19:18
Ex professeur d'école normale devenu sous-préfet puis secrétaire d'ambassade, Yves Lorvellec a notamment enseigné la culture générale dans les classes prépa à Toulouse. Cet article, lisible complètement sur ce site, reprend une contribution à un ouvrage collectif à paraître, "L'école et l'autorité".
"Les dévoiements actuels de l'autorité pédagogique sont la conséquence logique de l'ouverture de l'école sur la vie. Nul ne semble plus vouloir se souvenir des combats menés pour obtenir le droit universel à un temps de l'existence soustrait, au nom de ce qui est dû à l'esprit, au bruit et aux passions de la société civile – le droit à l'instruction publique. Nous ne voulons plus, semble-t-il, d'une institution spécifique vouée au loisir studieux à l'abri du monde et estimons que pour être de son temps, l'école doit être dans son temps.
L'école devient alors un lieu banalisé, un carrefour où passent tous ceux qui jugent, à tort ou à raison, avoir à intervenir dans la formation de la jeunesse (parents, élus locaux, policiers, chefs d'entreprise, psychologues, magistrats, assistants sociaux, animateurs culturels, médecins…). Le maître n'est plus qu'un acteur parmi d'autres, et donc injustement tenu pour plus responsable que les autres, d'une entreprise éducative extensive et indifférenciée où l'enseignement ordonné des savoirs essentiels ne bénéficie d'aucun privilège. Mille formes d'autorité sociale, mille convoitises corporatistes ou mercantiles s'y côtoient, qui enjoignent, conseillent, prescrivent, recommandent, dans la plus grande confusion – mais à l'intérieur d'un registre commun qui est celui de la persuasion et de la séduction.
A supposer qu'il reste encore un peu de temps pour l'étude, le maître instruit qui voudrait enseigner quelque chose à ses élèves se trouvera immanquablement dans une situation bientôt intenable par rapport à toutes ces pratiques qui empruntent leurs méthodes à l'art des marchands. Comment peut-il en appeler au travail et à la volonté quand ses concurrents, car il faut bien les appeler ainsi, ne s'adressent qu'au désir, à la curiosité distraite, aux motivations ? Comment contraindre l'élève à être libre, pour reprendre la formule de Kant, quand il lui est proposé de façon si insinuante de n'être que conforme, adapté – de ne pas faire peur au monde dans lequel il va entrer ? Comment l'élève, flatté comme un barbare que l'on craint, ne jouerait-il pas de son pouvoir d'effrayer aussitôt que les exigences du savoir le somment de s'extraire de son infantilisme repu ? Il ne revient pas au pouvoir politique de se substituer à l'autorité des maîtres ; mais il lui revient de restaurer l'autorité de l'école comme institution où les jeunes générations se consacrent à l'étude sous la direction de maîtres savants. Il en va de la survie d'un monde commun constitué de citoyens libres parce qu'éclairés."
Ex professeur d'école normale devenu sous-préfet puis secrétaire d'ambassade, Yves Lorvellec a notamment enseigné la culture générale dans les classes prépa à Toulouse. Cet article, lisible complètement sur ce site, reprend une contribution à un ouvrage collectif à paraître, "L'école et l'autorité".
"Les dévoiements actuels de l'autorité pédagogique sont la conséquence logique de l'ouverture de l'école sur la vie. Nul ne semble plus vouloir se souvenir des combats menés pour obtenir le droit universel à un temps de l'existence soustrait, au nom de ce qui est dû à l'esprit, au bruit et aux passions de la société civile – le droit à l'instruction publique. Nous ne voulons plus, semble-t-il, d'une institution spécifique vouée au loisir studieux à l'abri du monde et estimons que pour être de son temps, l'école doit être dans son temps.
L'école devient alors un lieu banalisé, un carrefour où passent tous ceux qui jugent, à tort ou à raison, avoir à intervenir dans la formation de la jeunesse (parents, élus locaux, policiers, chefs d'entreprise, psychologues, magistrats, assistants sociaux, animateurs culturels, médecins…). Le maître n'est plus qu'un acteur parmi d'autres, et donc injustement tenu pour plus responsable que les autres, d'une entreprise éducative extensive et indifférenciée où l'enseignement ordonné des savoirs essentiels ne bénéficie d'aucun privilège. Mille formes d'autorité sociale, mille convoitises corporatistes ou mercantiles s'y côtoient, qui enjoignent, conseillent, prescrivent, recommandent, dans la plus grande confusion – mais à l'intérieur d'un registre commun qui est celui de la persuasion et de la séduction.
A supposer qu'il reste encore un peu de temps pour l'étude, le maître instruit qui voudrait enseigner quelque chose à ses élèves se trouvera immanquablement dans une situation bientôt intenable par rapport à toutes ces pratiques qui empruntent leurs méthodes à l'art des marchands. Comment peut-il en appeler au travail et à la volonté quand ses concurrents, car il faut bien les appeler ainsi, ne s'adressent qu'au désir, à la curiosité distraite, aux motivations ? Comment contraindre l'élève à être libre, pour reprendre la formule de Kant, quand il lui est proposé de façon si insinuante de n'être que conforme, adapté – de ne pas faire peur au monde dans lequel il va entrer ? Comment l'élève, flatté comme un barbare que l'on craint, ne jouerait-il pas de son pouvoir d'effrayer aussitôt que les exigences du savoir le somment de s'extraire de son infantilisme repu ? Il ne revient pas au pouvoir politique de se substituer à l'autorité des maîtres ; mais il lui revient de restaurer l'autorité de l'école comme institution où les jeunes générations se consacrent à l'étude sous la direction de maîtres savants. Il en va de la survie d'un monde commun constitué de citoyens libres parce qu'éclairés."
Où l'on reconstitue un géant de l'énergie, cette fois pour des profits privés... Le Général doit s'en retourner dans sa tombe... Pourtant, voici un peu plus d'un an, un candidat s'exprimait ainsi : http://www.dailymotion.com/video/xgv7a_sarkozy-gdf
Où l'on reconstitue un géant de l'énergie, cette fois pour des profits privés... Le Général doit s'en retourner dans sa tombe... Pourtant, voici un peu plus d'un an, un candidat s'exprimait ainsi : http://www.dailymotion.com/video/xgv7a_sarkozy-gdf
L'école libératrice
- par JPG le 06/07/2008 - 13:08
Par Tristan Béal, professeur des écoles dans l'académie de Versailles depuis 2001.
"L’école primaire n’est pas primaire au sens de "simpliste", comme le pense le professeur des écoles : sous prétexte que l’on recrute maintenant à bac+3, on dirait que le professeur des écoles veut montrer tout son "savoir", faire de la "littérature", des "projets", au lieu de faire des dictées, de la conjugaison, de l’analyse grammaticale, des problèmes de mathématiques ou de la géométrie ; autrement dit, il semblerait que le professeur des écoles veuille lui aussi s’amuser et qu’il s’embêterait en classe s’il devait jamais enseigner de l’élémentaire. Mais une telle école où l’élémentaire est roi, c’est une école où l’élève rend raison de ce qu’il dit, car c’est cela un enseignement structurant et qui nomme les choses : la règle est donnée par le maître, qui ne l’impose pas, puisque ensuite l’élève est mis en demeure par des exercices systématiques d’en rendre raison – les mauvais coucheurs pourraient en conclure que c'est le comble de la tyrannie que de demander à l’élève d'assimiler la règle et de la justifier !!! Certes, mais, avec Lang & Ferry, dire que l’élève construit son savoir (à l’élève avec ses camarades de construire la règle de grammaire par tâtonnement et déduction, règle que le maître-tâcheron se contente d’écrire sous la joyeuse dictée de sa classe) c’est profondément faux et méprisant : c’est donner l’impression à l’élève qu’il construit la règle (car, au final, même dans une classe "active", c’est le maître, en fonction de ses connaissances, qui instaure la règle) et ainsi, comme citoyen, l'élève pourra continuer à avoir l’impression de décider alors qu’en fait on décidera pour lui. En revanche, je tiens qu’une école qui nomme les choses et qui structure forme non pas des citoyens modèles mais des citoyens vigilants."
Par Tristan Béal, professeur des écoles dans l'académie de Versailles depuis 2001.
"L’école primaire n’est pas primaire au sens de "simpliste", comme le pense le professeur des écoles : sous prétexte que l’on recrute maintenant à bac+3, on dirait que le professeur des écoles veut montrer tout son "savoir", faire de la "littérature", des "projets", au lieu de faire des dictées, de la conjugaison, de l’analyse grammaticale, des problèmes de mathématiques ou de la géométrie ; autrement dit, il semblerait que le professeur des écoles veuille lui aussi s’amuser et qu’il s’embêterait en classe s’il devait jamais enseigner de l’élémentaire. Mais une telle école où l’élémentaire est roi, c’est une école où l’élève rend raison de ce qu’il dit, car c’est cela un enseignement structurant et qui nomme les choses : la règle est donnée par le maître, qui ne l’impose pas, puisque ensuite l’élève est mis en demeure par des exercices systématiques d’en rendre raison – les mauvais coucheurs pourraient en conclure que c'est le comble de la tyrannie que de demander à l’élève d'assimiler la règle et de la justifier !!! Certes, mais, avec Lang & Ferry, dire que l’élève construit son savoir (à l’élève avec ses camarades de construire la règle de grammaire par tâtonnement et déduction, règle que le maître-tâcheron se contente d’écrire sous la joyeuse dictée de sa classe) c’est profondément faux et méprisant : c’est donner l’impression à l’élève qu’il construit la règle (car, au final, même dans une classe "active", c’est le maître, en fonction de ses connaissances, qui instaure la règle) et ainsi, comme citoyen, l'élève pourra continuer à avoir l’impression de décider alors qu’en fait on décidera pour lui. En revanche, je tiens qu’une école qui nomme les choses et qui structure forme non pas des citoyens modèles mais des citoyens vigilants."
Je vous invite à consulter ma page de liens relatifs à l'apprentissage de la lecture. Au menu : - rapports, notes, circulaires officiels ; - enquêtes internationales ; - neurosciences ; - alpabétique vs globale ; - mise en œuvre de la méthode alphabétique. Bonne lecture.
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